29/05/15 Différents objets sur une table afin de nous inspirer.
Atelier d’écriture 29/05/2015 « La pipe »
Brûle-gueule sablé, le bois de bruyère a foncé à force d’avoir chauffé dans la main.
Le bec en ébonite usé d’avoir été mordillé, tété.
Le foyer, bien culotté, vante l’utilisateur ayant chéri et pris soin de sa bouffarde.
Elle m’attire.
Je la regarde.
Je la dévore des yeux.
Enfin, religieusement je la prends en main.
Instinctivement, ma paume lui offre un nid dans lequel elle se niche.
Mes narines s’ouvrent afin d’accueillir l’arôme de la première bouffée.
Quelles émotions me submergent.
Je me revois faire mes achats de tabac nature au saucé chez JPP à La Louvière.
Tabac hollandais, de Virginie ou du Kentucky. Latakia, Cavendish, Virginia.
Tabac coupé finement ou flakes.
Nos réunions du groupe « fumeurs de pipe » avec nos collègues français au centre-ville, au « Roi du Cigare ».
Les
échantillons que nous échangions, nos dégustations, nos discussions
autour de la pipe. Droite ou courbe, longue ou courte, à poser ou à
tenir à la main. Bruyère de Saint-Claude, écume, sablée ou lisse,
naturelle ou vieillie, ou encore sculptée, avec ou sans zigouigoui.
Les gentilles railleries de ces messieurs envers cette femme qui les aimait teintées, voire gainées de cuir.
Certains tabacs
avaient ma préférence, le Voortrekker, tabac hollandais très doux,
naturel et harmonieux pour débuter la journée ou cet « Indian Summer »,
une mixture inventée par les amish, un arôme un peu oriental.
Après le repas,
un tabac un peu plus saucé, l’Amphora rouge par exemple un goût un peu
sucré, aux arômes de fruits rouges et d’orange.
Plus tard dans
la journée une petite folie, un Kentucky bird au goût puissant parfumé
de fleurs naturelles et non d’arômes artificiels.
Le soir dans ma
« Church warden », cette longue pipe au long bec, permettant à la fumée
de se refroidir et d’exhaler l’arôme du tabac, un tabac danois, doux de
virginia, black cavendish très fermenté et aromatisé au bourbon.
Chaque occasion sa bouffarde, chaque tabac aussi.
Ne pas mettre un tabac très saucé dans une pipe qui fumera du naturel, cela la dénaturerait.
Le jeu de la
posture, le bourrage précis, le geste sûr pour ne pas bloquer l’air.
L’allumage tout en finesse afin de pas carboniser les bords du foyer.
Les premières
bouffées, douces, pas trop légères pour bien activer la combustion, pas
trop puissante pour ne pas se brûler la langue.
Enfin, le
tirage est bon, le tabac peut être dégusté à condition de ne pas
glouglouter, sinon un âcre jus de tabac arrive dans la bouche. La
chenillette devra intervenir pour enlever cette humidité non désirée.
Tout un jeu avec l’objet, que ce soit durant le fumage ou après, son entretien, son nettoyage.
Je ne suis plus
fumeuse depuis des années maintenant, mais mes pipes préférées trônent
toujours dans leur râtelier à mon mur du salon.
Ma première,
une lady de chez Chacom, une pipe droite, petit foyer et un peu plus
longue que les pipes d’homme.
Une verte, ma Roopy, plus courte et droite
aussi, ma préférée pour sortir, me distinguer en tant que fumeuse ;
Deux bruyères classiques, des Stanwel ; une lisse et une sablée ;
Une
sans marque, à facettes venant de mon père ; et enfin une rouge,
Une The
Pipe, une pipe américaine, en bakélite, qui se lave au lave-vaisselle !
Idéale pour teste un tabac un peu saucé.
Ma chouchoute
pour jouer la vamp dans mon divan, ou m’imaginer fumer avec Gandalf dans
le pays du milieu, ma Church Warden , je l’ai offerte à une
amie fumeuse qui la dévorait des yeux.
Ah ça ! Je ne sais qui a amené cette pipe, mais elle m’a offert le souvenir de moments d’exception.
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