Canicule
Canicule
Encore un embouteillage !
Tous les soirs c’est pareil, dès 16 heures 30 les artères sont bouchées.
La ville est au bord de l’asphyxie, proche de l’avc, de la thrombose.
Avec la chaleur, le smog s’est installé dans la métropole.
Les gens sont agressifs.
La
sueur me coule le long du dos, humidifie mes aisselles, ruisselle du
front pour couler dans les yeux. D’un coup de main rageur, je l’essuie
de mes joues hirsutes.
Tut, tut
Mais
avance donc où as-tu eu ton permis ? encore une femme au volant, elle
devrait rester à la maison, s’occuper de son mari, de sa famille.
Et celle là, la démarche, provocatrice !
Ah ça y est, la mémé cherche à se garer !
Bon, on peut passer ? oui ?
C’est que je n’ai pas que ça à faire moi madame
Rha et cette horloge qui avance toute vitesse
C’est pas comme il y a 20 ans.
Ah 20 ans !
Comme nous étions heureux.
Notre premier appartement… Elle m’attendait, un sourire aux lèvres, le dîner qui embaumait…
Dès qu’elle entendait le bruit de mon pas dans l’escalier, elle m’ouvrait la porte et se jetait à mon cou.
Et nos nuits, torrides !
Mais avance donc !
C’est quoi ce camion qui doit décharger à cette heure ?
Il peut pas faire ça la journée ?
Allez, ça y est, les feux sont en panne ! On se demande où passe l’argent des impôts.
Et cette climatisation qui déconne.
Puis elle a voulu travailler, qu’on ait un plus grand logement, plus chic.
Madame s’embêtait toute seule à la maison.
Elle s’est trouvé LE travail de ses rêves. Dans une multinationale, un poste « à responsabilités »
- Mais enfin chéri, tu ne me félicites pas ?
- Ben non, pourquoi le ferais-je ? j’ai toujours su que t’es pas con. Sinon je t’aurais pas épousée. M’as tu félicité de ma dernière promo ?
Mais c’est pas vrai !
Madame, surveille tes enfants, encore un peu, je l’écrase !
Ça n’avance pas.
Puis elle a eu des avancements.
Maintenant que j’y pense, il doit y avoir eu de la promotion canapé.
Puis des séminaires « conjoints interdits »
Ah oui, ça on avait un plus grand logement.
Madame y avait même sa chambre, pardon, son boudoir.
Et une domestique, madame n’avait plus le temps, ni le sourire.
Et nos nuits, glaciales
Ah cette maudite chaleur
Quand je pense aux voyageurs qui nous envient.
La différence entre tourisme et immigration.
Allez pépé, ta pension tu l’as, alors tu traverses ou j’abrège ta vie ?
Et ce taxi qui essaye de se faufiler. Il va me plier une aile.
20 ans ce cinéma a duré.
- Mais mon chéri, c’est pour mon épanouissement personnel
- Mais chéri ceci, mais chéri cela.
Se montrer, se pavaner.
Des vacances en Europe.
Des croisières.
Ses chirurgies esthétiques pour effacer le temps qui passe.
Mais allez donc, te gène pas , décharge tes usagers ailleurs qu’à ton arrêt.
Allez bon, une ambulance qui essaye de passer ;
Près de 45 ans et en arriver à ça !
Après les chirurgies, les cours de théâtre, les soirées entre copines.
Ah elles devaient être belles les copines ! tablettes de chocolat et sourire « white now »
Ah cette chaleur.
Eh mais c’est pas vrai ! plus de place pour se garer.
10 fois que je fais le tour du coin.
Ah, là c’est bon, en face, enfin.
Bon m’y voilà.
Et maintenant ?
Je suis arrivé.
Je suis à l’heure.
Mon avocate m’attend.
Elle parle avec le sien.
Elle parle avec le sien.
Son avocat, son nouvel amant.
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